Le 13 août dernier, le préfet de police a publié un post sur X dont la violence pose un précédent inédit.

Sans les nommer, l’un des plus hauts fonctionnaires de l’État s’attaque à Utopia 56 et aux représentants en grève du Samusocial de Paris, soit à celles et ceux qui se mobilisent quotidiennement, jour et nuit, pour lutter contre le sans-abrisme et accompagner les personnes qui en sont victimes.

Dans ce tweet, Monsieur Patrice Faure, dans le cadre de l’exercice de ses fonctions et en dehors de tout devoir de neutralité, se permet d’accuser les associations d’être les « coupables » du sans-abrisme en France.

Le préfet efface entièrement la violence de l’expulsion traumatisante menée par ses forces de l’ordre ce matin-là : pas un mot sur les 48 fourgons de CRS, ni sur les centaines d’agents des forces de l’ordre mobilisés pour forcer l’entrée du parvis du Samu social et nasser les familles sans-abri qui l’occupaient depuis plus d’un mois.

« Posture dogmatique », « fausse philanthropie », « lâcheté », « coupable » : avait-on déjà vu de la part d’un représentant de l’État, une communication d’une telle violence envers des associations ?

Le préfet de police sait parfaitement que l’association Utopia 56 est reconnaissable derrière ce tweet : il s’en est déjà pris à nous début juillet suite à une expulsion que nous documentions. Il sait qu’en maintenant l’apparence de l’anonymat, en parlant de “représentants associatifs”, il évite d’être poursuivi pour diffamation. Mais les propos sont réels et inscrits noir sur blanc.

Le préfet se place en position de moralisateur, désignant des coupables politiques qui profiteraient soi-disant du sans-abrisme. Une accusation aberrante, en particulier lorsqu’elle vise une association qui ne reçoit aucune subvention publique et qui se bat quotidiennement pour le respect des droits de toutes et tous.

Dans sa communication, la préfecture ne dit rien des contrôles qu’elle réalise régulièrement, un harcèlement mené jusqu’au sein de l’occupation. Des contrôles d’identité aléatoires (mais pas tant finalement) qui visent surtout à effrayer et traquer les personnes. Elle nourrit au contraire les fantasmes de l’extrême-droite sur des associations qui « entretiendraient » elles-mêmes le sans-abrisme, un fantasme sans le moindre fondement matériel.

La préfecture ne dit rien, enfin, de la réalité des « sas » régionaux, ces soi-disant « propositions ». Elle affirme que « toutes » les personnes présentes ont reçu une proposition d’hébergement, alors que l’écrasante majorité n’a eu le choix qu’entre un hébergement de trois semaines loin de toute attache, ou le retour à l’errance. Le préfet défend ainsi ces « sas » que la Cour des comptes elle-même dénonce comme opaques, et comme aggravant la situation du sans-abrisme dans les régions où ils sont implantés.

Il oublie surtout de mentionner que c’est l’État lui-même, par la préfecture de région Île-de-France, qui fabrique des sans-papiers et des sans-abri, par ses politiques austéritaires et racistes.

Notre action, et la lutte de ces dernières semaines aux côtés des familles et femmes seules, répondent à une situation créée par le démantèlement méthodique de l’action sociale par l’État qui détruit petit à petit l’inconditionnalité du droit à l’hébergement d’urgence.

En expulsant des familles en pleine canicule, en remettant à la rue des personnes sans aucune solution de relogement, en supprimant, encore, des places d’hébergement d’urgence, l’État entretient la précarité et le sans-abrisme en France et laisse à la rue des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants, alors que des solutions existent. Encore faut-il souhaiter les mettre en place.

Le préfet déshumanise enfin complètement les « personnes concernées », en leur ôtant toute capacité de réflexion et d’agir par elles-mêmes. Il est pourtant parfaitement logique que des familles qui luttent depuis un mois pour un hébergement local, qui ont scolarisé leurs enfants et engagé un suivi socio-administratif et médical en Île-de-France, refusent d’être délocalisées sans aucune garantie de pérennité. Quelle opinion Monsieur le préfet a-t-il donc des capacités de raisonnement des personnes exilées et sans-abri, pour les croire à ce point manipulables ?

L’État, à travers la préfecture, joue un jeu particulièrement dangereux. À un an des élections présidentielles, il désigne des coupables à sa place, pour mieux masquer les résultats de sa propre politique de remises à la rue, de contrôle, et de tri des êtres humains selon leur statut administratif et leur nationalité. Pour rappel, c’est ce même État qui a fait doubler le nombre de personnes sans abri en dix ans (plus de 350 000 personnes sans-abri en 2025 selon la Fondation pour le Logement des Défavorisés).

Il alimente dans le même temps les discours de préférence nationale défendus par l’extrême-droite et nourrit la xénophobie ambiante qui ne cesse de grandir et de se normaliser.

Cette communication est profondément dangereuse et indigne.