Le 10 février dernier, le Parlement européen a été le théâtre des alliances entre la droite et l’extrême droite européenne en matière de politique migratoire. Ces alliances ont mené le Parlement à voter pour de nouvelles mesures concernant les droits des étrangers, mesures qui effritent encore un peu plus la possibilité pour une personne en exil de trouver refuge en Europe.
En premier lieu, un texte a été voté prévoyant que les personnes dont la demande d’asile a été rejetée, soient directement renvoyées vers des pays dits “tiers”, soit non-membre de l’Union européenne. Ces lieux de renvoi prendront la forme de centres appelés “hubs de retour” dans lesquels elles seront enfermées.
Pour cela, les pays vers lesquels seront renvoyées les personnes doivent être considérés comme “sûrs”. C’est la raison pour laquelle un deuxième texte a été adopté pour élargir la liste de ces pays. Ainsi l’Union, mais également les pays membres eux-mêmes, pourront élaborer des accords financiers bilatéraux avec ces pays extérieurs à l’Union pour recevoir les personnes expulsées. De tels accords ont déjà été remis en cause par les juridictions ces dernières années. Ça a été le cas s’agissant de l’accord que le Royaume-Uni avait voulu passer avec le Rwanda ou de celui passé entre l’Albanie et l’Italie.
La liste des pays “sûrs” s’est donc vue être rallongée de la Tunisie, du Maroc, du Kosovo, de la Colombie, de l’Égypte, de l’Inde et du Bangladesh. Cela va permettre aux membres de l’UE de déclarer irrecevables les demandes d’asile lorsque les demandeur.ses ont un lien avec un de ces pays, y ont transité ou peuvent y être transféré.es.
En parallèle, on sait de manière documentée que ces pays ont été pointés du doigt pour des violations multiples des droits humains : pour en savoir plus, reportez vous au Rapport annuel d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde. Ce sera donc, loin des yeux des citoyen·nes et des médias, que l’Europe va déroger au droit d’asile par le biais d’accords financiers passés avec ces pays.
En conséquence, des centaines de personnes vont être déplacées de force dans des pays dont elles ne connaissent rien, enfermées pour des durées indeterminées, sans garantie que leurs droits les plus basiques soient respectés.
Comme si cela ne suffisait pas, en parallèle de ces mesures, le Danemark, suivi par le Royaume-Uni, font pression pour obtenir une nouvelle interprétation de la Convention européenne des droits de l’homme, non pas pour renforcer les droits, mais pour s’en affranchir lorsqu’ils gênent les politiques migratoires nationales. La Convention européenne des droits de l’homme est pourtant un texte fondateur censé protéger contre l’arbitraire, les violences et les expulsions contraires au droit.
C’est un garde-fou contre les dérives et les abus.
Un garde-fou que certains aimeraient voir sauter.
Enfin, l’Union s’est mise à négocier pour la mise en place, dans les pays de l’Union, de rafles de personnes en situation irrégulière sur les territoires nationaux. Concrètement, l’Union souhaite que les polices nationales des États puissent réaliser des perquisitions dans les domiciles privés, des contrôles et des arrestations au sein des dispositifs d’hébergement et dans l’espace public des personnes sans papiers.
Alors que tous les yeux sont tournés vers Trump, sa police de l’immigration (ICE) et ses pratiques choquantes et insoutenables, l’Europe s’organise pour légiférer et calquer le modèle étasunien. Au sein de l’Europe, la criminalisation des personnes sans papiers poursuit sa course au mépris des droits humains et du droit international.
Ces nouvelles mesures témoignent d’une grave dérive de la part des 27 pays de l’Union Européenne, qui semblent ne plus percevoir les droits humains comme une boussole, mais comme des obstacles. De manière générale, ces stratégies répressives sont indignes et vouées à l’échec : poussées par la nécessité de se protéger elles et leurs familles, les personnes continueront de migrer, quel qu’en soit le prix. Tenter de maitriser l’immigration par la mise en place de politiques d’éloignement ne fait qu’accroître les dangers des parcours migratoires.
Chaque jour, les équipes d’Utopia 56 rencontrent lors de leurs missions les victimes de ces décisions. Des femmes, des hommes, des enfants qui fuient la guerre, les persécutions, la pauvreté, et qui du fait des politiques européennes, sont criminalisé.es. Le droit d’asile et le droit au séjour n’est pas un concept, mais une question de survie.
Une autre voie est possible : la mise en place de voies de passages sûres, des politiques d’accueil et de régularisation, en accord avec les droits humains et pour respecter la dignité de toutes et tous. Plus que jamais, il y a urgence à défendre la liberté de circulation.
