En une semaine, au moins six personnes sont mortes à la frontière franco-britannique.
Jeudi matin, vers 4h, l’équipe bénévole d’Utopia 56 Grande-Synthe a reçu un message de la part d’un groupe de personnes exilées : « Police police, gas, help us ». Deux heures plus tard, au même endroit, quatre personnes sont retrouvées en arrêt cardio-respiratoire. Seule une sera réanimée.
En arrivant sur place, à 4h30, les bénévoles ont été témoins d’une énième scène de violences policières : de nombreux tirs de grenades lacrymogènes, des cris, du gaz, de la fumée, des bruits d’explosion, des gyrophares, des départs de feux dûs aux palets de bombes lacrymogènes, etc. Lorsque nous reviendrons sur place bien plus tard dans la matinée, nous compterons plus de 35 restes de grenades lacrymogènes.
Pendant de longues minutes, la police a violenté et nassé le groupe de 80 personnes. Une pratique illégale d’entrave à la liberté de circuler, devenue usuelle à frontière. À 5h00, un policier demande à l’équipe de partir.
Attentifs à l’évolution de la situation, nous revenons vers 6h30. Nous croisons alors les pompiers, qui nous annoncent que quatre personnes viennent d’être récupérées inconscientes à bord d’une embarcation, trois seront déclarées décédées. Ils mentionnent un départ une heure plus tôt de cette même digue.
Plus au sud et plus tôt dans la nuit, une embarcation est venue s’échouer sur la plage d’Hardelot alors qu’un groupe tentait de monter à bord. A la suite de l’opération de secours déployée, un homme est déclaré décédé, et au moins six personnes, dont des enfants, doivent être hospitalisées.
Lundi matin, deux corps ont été retrouvés sur des plages du littoral, ramenés par la mer. Si les autorités ne peuvent confirmer un lien avec des tentatives de traversées, il y a de fortes chances pour qu’au moins l’un d’eux le soit.
Vendredi dernier déjà, une personne décédait à Berck lors d’un embarquement. Soit au moins six victimes en moins d’une semaine.
Mortes parce que forcées de risquer leur vie pour traverser la Manche, quand des centaines de passagers nés au bon endroit et dotés des bons papiers, traversent cette frontière sans même s’en rendre compte.
Les frontières ne tuent pas. Ou en tout cas pas tout le monde.
Ce sont les politiques qui tuent.
