La semaine passée, de nombreux activistes d’extrême droite venus du Royaume-Uni étaient présent·es le long du littoral nord.

Si les groupes sont distincts, leur objectif est le même : alimenter à travers leurs réseaux sociaux l’imaginaire d’une invasion migratoire venue de France vers la Grande-Bretagne, et appeler à la mobilisation pour arrêter les traversées illégales, coûte que coûte.

Ce phénomène n’est pas nouveau mais il s’intensifie. Depuis 2024, des membres autonomes ou faisant partie d’organisations viennent régulièrement sur les plages du nord pour se filmer et partager sur leurs réseaux.

En janvier 2026, dix d’entre eux faisaient l’objet d’une interdiction du territoire français après avoir appelé à une mobilisation sur les plages françaises, pour stopper les départs de bateaux.

Depuis cet été, leur présence se multiplie encore et la semaine dernière a donné lieu à diverses situations alarmantes.

Dans la nuit de mercredi 23 au jeudi 24 septembre, un groupe d’hommes cagoulés et vêtus entièrement en noir a été vu en pleine nuit dans les campements et lieux de vie informels de Calais.

Une vidéo publiée sur le réseau X semble correspondre à cette situation. On y voit plusieurs hommes se filmer dans les campements. Ils portent des gilets pare-balles mais affirment “ne pas vouloir attiser la haine” et simplement “documenter”.

Pourtant, dans les vidéos postées, on les voit braquer leurs lampes torches sur les tentes et les personnes en criant “you are not welcome”, “go back to Africa”.

Ce même groupe a été vu en train de faire des saluts nazis plus tard dans la journée.

Le vendredi, une famille qui passait la journée à la plage raconte à des bénévoles d’Opal’Exil (une association partenaire) avoir assisté à un potentiel kidnapping d’une personne exilée par des activistes d’extrême droite, la veille au soir.

Ils ont vu cinq hommes parlant anglais proposer de l’argent à trois personnes exilées (à qui la famille avait donné de l’eau et de la nourriture juste avant) et les emmener vers un véhicule sans plaque.

Ils témoignent ensuite qu’un des jeunes aurait été saisi de force et projeté dans une camionnette, partie dans la foulée.

Le lendemain, une autre bénévole d’Opal’Exil rencontre un groupe qui alerte de la disparition d’un de leurs amis, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Selon eux, il aurait été kidnappé.

Les deux témoignages se complètent et sont corroborés par des vidéos publiées, puis supprimées, sur les réseaux sociaux par des comptes appartenant à des activistes d’extrême droite britannique.

Un signalement au procureur de la République a été fait. À ce jour, toujours pas de nouvelles du jeune disparu.

Ces allers-retours de membres de l’extrême droite britannique sont notamment le résultat d’un phénomène qui se développe depuis déjà plus de deux ans à Calais : le média-activisme.

Des personnes autoproclamées journalistes débarquent sur le littoral. Elles filment, enregistrent, prennent en photo, suivent et intimident des personnes exilées, puis partagent publiquement leurs images.

Présentes lors d’embarquement, elles poussent à bout des personnes vulnérables, dans une situation de détresse et de stress intense, filment de très près, assènent de questions, jusqu’à avoir parfois des images d’énervements ou d’emportements, qui enrichissent leurs discours.

Des pratiques de harcèlement, effectuées sans aucune éthique mais surtout sur un ton xénophobe. Elles mettent en danger personnes exilées et personnes solidaires, victimes ensuite de vagues de haine et d’intimidation en ligne.

Depuis le début du mois de septembre, l’un d’entre eux a élu domicile sur la côte. Tous les jours, il publie du contenu nauséabond sur ses réseaux sociaux, et sert même de guide à d’autres “journalistes”. À croire que la frontière représente pour elles et eux un terrain de jeu, alors que pour d’autres elle est bien réelle.

Adrian Silnuis, pour utiliser le nom qu’il n’ose pas porter sur ses réseaux, se prétend non-violent et porte d’après lui la voix de l’impartialité. Or, dans une vidéo publiée par l’un de ses collègues, il apparaît avec une matraque à la main. Le naturel d’un membre de l’extrême droite doit être difficile à cacher.

Son compte “The Nowhere Photographer” est l’un de ceux qui ont partagé des vidéos dont le récit concorde avec celui du kidnapping retranscrit plus haut (bien qu’ils affirment avoir simplement accompagné la personne à la gare). Cette vidéo a depuis été supprimée.

En milieu de semaine, c’est un autre influenceur d’ultra-droite bien connu qui a fait parler de lui. Alors que plusieurs embarcations tentaient la traversée de la Manche, Daniel Thomas (Danny Tommo) a lui aussi pris la mer.

Pour son deuxième coup d’essai (il s’était déjà filmé depuis un bateau au printemps dernier), il s’est rapproché dangereusement des bateaux de sauvetage, incombant aux Français de ramener les personnes exilées qui venaient de passer en eaux anglaises, et clamant aux Anglais de ne pas les ramener en Angleterre. Le tout filmé dans un live regardé par plusieurs centaines de milliers de personnes.

Cet activiste au passé violent avait monté l’hiver dernier une opération nommée “Overlord” grâce à laquelle il comptait organiser une armée de patriotes anglais prête à venir sur les plages françaises stopper les bateaux de personnes exilées (cette opération pour laquelle plusieurs interdictions de territoire avaient été émises par la France).

Daniel Thomas est aujourd’hui derrière les barreaux, arrêté à son retour sur le sol anglais, après avoir lacéré une embarcation tout juste secourue en pleine mer, et alors qu’un sauveteur s’y trouvait encore. Mais ses supporters, eux, continuent de propager leur discours haineux.

En parallèle, au Royaume-Uni, des actions de l’extrême droite continuent de fleurir. À Douvres début septembre, plus de 500 manifestants ont bloqué la zone portuaire, tous habillés en noir et cagoulés. L’homme à leur tête ? Danny Thomas.

C’était le premier rassemblement public de sa “Patriot Platform”, supposée protéger les femmes et les enfants britanniques d’un envahisseur étranger, à la place de la police et de l’État jugés “faibles”.

Peu après à Portsmouth, ville portuaire du sud du pays, des activistes aux motivations racistes ont tenté de bloquer l’arrivée d’un bateau de secours qui avait des personnes exilées à bord.

Scène qui s’est réitérée la semaine dernière à Gosport, et qui a conduit au détournement des bateaux de sauvetage vers un autre port, pour raisons de sécurité. L’organisme de sauvetage en mer national est lui aussi victime de vagues de haine et des pressions sont exercées sur leurs sauveteurs.

Cette multiplication des actions de l’extrême droite britannique témoigne d’une montée en puissance de ces membres. Après des attaques d’hôtels où sont hébergés des demandeurs d’asile, des manifestations violentes, des discours xénophobes sur les réseaux, de plus en plus passent à l’action, y compris sur le territoire français.

Et les menaces ne viennent pas que du Royaume-Uni. La semaine dernière, Utopia 56 a également subi une attaque informatique sur son site internet, le rendant indisponible pendant 24h, ainsi qu’une intrusion violente lors de notre assemblée générale qui a dû être stoppée et reportée.

Les commentaires haineux sous nos publications se multiplient également, tout comme les publications qui nous visent directement.

Au milieu de ce climat, les associations restent mobilisées. Pour chaque situation, nous alertons les autorités et tentons de protéger au mieux les bénévoles et personnes accompagnées.

La haine et la violence ne gagneront pas.

Face à l’absence de voies de passage sûres pour toutes et tous, les tentatives de traversées continuent, les hommes, femmes et enfants n’ont d’autre choix que de risquer leur vie pour espérer rejoindre le Royaume-Uni, et la mobilisation à leurs côtés est d’autant plus importante.

En quelques jours, sept personnes ont perdu la vie à la frontière.

Seules des politiques d’accueil et de liberté de circulation permettront de stopper ces drames, et de recréer une société solidaire et humaine.