Mardi 27 octobre, la Commission européenne a présenté sa proposition pour la réforme de Frontex, l’agence européenne de “gardes-frontières” déjà accusée à plusieurs reprises de violations des droits fondamentaux :
- Objectif de 30 000 agents d’ici quinze ans ;
- Unité d’intervention rapide pour être déployée en urgence sur les frontières ;
- Unité de surveillance des réseaux sociaux pour “anticiper les mouvements de population” ;
- Élargissement des expulsions depuis les pays de transit des personnes, avant même qu’elles n’arrivent en Europe.
Et devinez combien ça coûte aux contribuables européens (=vous) ?
12 MILLIARS D’EUROS
À sa création en 2005, l’agence coûtait 6 millions d’euros par an. En 2023, 845 millions. En un peu plus de vingt ans, le budget annuel de l’agence a déjà été multiplié par plus de 150.
Jusqu’à 2034, la Commission européenne propose d’allouer à Frontex 12 milliards d’euros.
Pour se donner une idée, c’est un peu plus que touuuute la fortune de Vincent Bolloré.
Imaginez autant d’argent pour protéger, accueillir, accompagner.
La nouvelle réforme propose donc 1,6 milliard par an pour surveiller, arrêter et expulser les personnes exilées. Et pour faire cela, il faut des nouvelles recrues.
30 000 AGENTS
D’ici à 2027, l’UE voudrait que 30 000 personnes soient employées pour “protéger ses frontières”. En 2023, Frontex comptait 2 100 agents, un effectif qui serait donc multiplié par 15. Rien que ça.
La réforme prévoit également de créer au sein de Frontex une unité chargée de surveiller les réseaux sociaux, pour « anticiper les mouvements de population ».
Dans ce cadre, l’agence pourrait demander le statut de « signaleur de confiance »*, afin de faire supprimer rapidement les contenus qu’elle souhaite, notamment ceux qu’elle juge comme “incitant à l’immigration”. Frontex pourrait devenir une agence de censure en ligne.
Cela pourrait aussi toucher les contenus de personnes en transit et d’associations qui documentent la réalité de la situation aux frontières.
Avec cette réforme, Frontex deviendrait également le point central de la politique de retour votée en juin dernier (celle-là même voulue par les groupes d’extrême droite et défendue par la droite et le centre).
En plus d’avoir en charge les renvois et expulsions au sein de l’UE, Frontex pourrait intervenir directement depuis des pays tiers par lesquels les personnes transitent, avant même qu’elles n’arrivent en Europe.
Par exemple, une personne originaire de Guinée arrivée en Algérie pourrait être renvoyée de force par Frontex, au prétexte d’une présumée suite d’itinéraire vers l’Europe. On t’expulse « au cas où » tu voudrais venir en Europe.
Pour rappel, Frontex participe à financer les actions et la formation des gardes-côtes libyens et grecs, tout en connaissant leurs liens avec les réseaux criminels de traite des êtres humains.
De nombreuses associations et enquêtes journalistiques démontrent comment l’agence tolère et se rend coupable de violations des droits fondamentaux. Frontex est régulièrement comparée à l’ICE américain.
(L’ancien directeur de Frontex est notamment visé par une enquête pour “complicité de crime contre l’humanité et torture”).
La proposition de réforme de la Commission européenne montre à quel point les idées de l’extrême droite se sont déjà installées. Tous les outils pour leur campagne de “remigration” se mettent en place, sans même qu’ils n’aient une majorité.
Rappelons que les personnes qui tentent de rejoindre l’Europe sont des femmes, des hommes, des enfants qui fuient la guerre, les persécutions, la pauvreté, et qui, du fait des politiques européennes, sont criminalisé·es.
L’asile n’est pas un concept, c’est un droit.
L’agence Frontex devrait être fermée et poursuivie pour ses exactions.
En faisant le choix de renforcer Frontex plutôt que d’autres projets, l’Union européenne fait le choix de la répression, de l’entre-soi et de la violence.
Les États membres veulent expulser en toute illégalité. Délocaliser les expulsions, c’est éloigner les violences des caméras, des journalistes, des avocat·es et du contrôle démocratique.
De telles dérives des droits fondamentaux doivent absolument nous alerter sur l’état de nos droits à toutes et tous.
*Prévu par le règlement européen sur les services numériques, ce statut est accordé à des organisations reconnues comme fiables et leurs signalements sont traités en priorité par les plateformes pour être supprimés plus rapidement.
