L’anti-tsiganisme est une forme de racisme qui vise les personnes identifiées Tsiganes ou Roms, qu’iels soient Sintés, Manouches, Kalés ou appartenant à d’autres groupes. En 2025, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) déclarait la communauté des voyageurs⸱euses comme “de loin la minorité la moins acceptée” en France.

Ces communautés subissent ainsi les mêmes discriminations propres à toutes les formes de racisme : insultes, violences, discriminations dans l’accès aux droits, politiques d’exclusion ou discours stigmatisants.

Un racisme complètement intégré mais surtout accepté socialement.

 

Ce racisme est le résultat d’un héritage historique. Dès leur arrivée en Europe entre le VIIIᵉ et le Xᵉ siècle, les populations tsiganes connaissent l’exclusion et sont persécutées.

En Roumanie, elles subiront plus de cinq siècles d’esclavage. Il faudra attendre 1850 pour que soit prononcée l’abolition. Partout en Europe, elles seront méprisées et surveillées, jusqu’en 1933 où le contrôle renforcé se transforme en persécution. Sous le IIIᵉ Reich, 250 000 personnes seront déportées et tuées parmi les Tsiganes. Un génocide souvent invisibilisé parmi les victimes de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis, une forme de contrôle et de surveillance s’est toujours maintenue, notamment à travers des catégories administratives et une succession de décisions politiques (livret de circulation à faire remplir et valider à chaque déplacement jusqu’en 2017 par exemple).

Pour rappel, tous les Roms ne sont pas des personnes migrantes, et tous les voyageurs·euses ne sont pas issus de la communauté Roms.

“Gens du voyage” est une catégorie administrative qui existe en France et en Irlande. Elle désigne les personnes ayant un habitat mobile (elle comprend donc également les forains ou les commerçants ambulants).

Roms” est une ethnie. Il existe des roms français, allemands, roumains, etc. Ils ont la nationalité du pays dans lequel ils vivent ou sont nés et doivent donc avoir les mêmes droits que tous citoyen⸱nes. Droit à un hébergement, droit d’aller à l’école, de travailler, etc.

Les Roms ou Tsiganes sont souvent contraints à la mobilité du fait des expulsions répétées de leur lieu de vie. C’est le résultat de la précarité dans laquelle ils sont plongés.

 

Des réalités souvent confuses, qui alimentent les stéréotypes et discours stigmatisants, comme c’est le cas dans les déclarations récentes de Gabriel Attal, lorsqu’il aborde la nouvelle thématique de son programme à la campagne présidentielle de 2027 à l’encontre des gens du voyage.

“[…] les installations sauvages et illégales des gens du voyage gâchent la vie des maires et des Français.”

(Gabriel Attal pour le Journal du dimanche).

Non seulement le candidat annonce un durcissement des mesures au détriment de ces communautés qui connaissent déjà des situations précaires, mais il les présente également comme des nuisibles aux yeux des français⸱es entretenant le racisme existant.

 

Un discours qui alimente encore une politique et une médiatisation de la peur et de la haine, avec pour fondement des stéréotypes erronés (puisque les gens du voyage peuvent eux-mêmes être français⸱es) hérités d’un passé violent et raciste.

Ces propos occultent aussi la responsabilité des pouvoirs publics en matière d’accueil et de droit au logement. Pour rappel, les aires d’accueil sont obligatoires dans les communes à partir de 5 000 habitants. Pourtant, leur mise en place ne semble pas être une priorité pour de nombreuses communes. Et lorsque des aires existent, elles sont souvent situées en zones périurbaines, polluées (site CEVEZO ou autre), où l’accès aux besoins fondamentaux est entravé.

Ces réalités maintiennent les communautés voyageuses dans la précarité et témoignent d’un manque de volonté politique pour leur garantir des conditions de vie dignes.

Faute d’autres solutions, les installations sont illégales, et les expulsions arrivent.

Là réside toute l’hypocrisie. On ne permet pas à ces communautés de vivre “en règle” et dignement, elles trouvent alors des solutions par elles-mêmes, ce qu’on finit par blâmer publiquement. Il serait temps de se questionner sur l’attendu implicite des politiques de simplement faire disparaître ces communautés du territoire. Les discriminations anti-tsiganes se perpétuent et n’appartiennent pas au passé.

 

L’instabilité résidentielle et le manque de conditions d’accueil dignes impactent tout le reste, et notamment l’accès à l’éducation. Les inégalités se perpétuent ainsi de façon intergénérationnelle. L’éloignement des établissements, les difficultés administratives et le manque d’accompagnement conduisent à une scolarité irrégulière, résultat une fois encore d’obstacles sociaux et politiques et non pas “d’un manque d’intérêt pour l’école”.

L’accès à l’éducation est un droit fondamental en France, mais comment l’appliquer à tous⸱tes quand même Gabriel Attal, candidat à l’élection présidentielle de 2027, ne considère pas les gens du voyage comme des français⸱es ?

 

Avec Utopia 56, nous luttons contre les discriminations et veillons à garantir l’accès aux droits pour tous⸱tes.

Nous agissons auprès des gens du voyage (et autres personnes survivant en campements ou dans des bidonvilles) pour les accompagner mais aussi alerter et dénoncer les pratiques et politiques discriminatoires.

Face à l’antitsiganisme, il faut déconstruire les stéréotypes et porter la voix des personnes concernées.

Pour aller plus loin :

  • L’association nationale des gens du voyage citoyens (ANGCV)
  • L’observatoire pour les droits des citoyens itinérants (ODCI)
  • La Voix des Rroms
  • Zor collectif