À 8h samedi 22 août, face à l’inaction flagrante de la préfecture, la mairie de Paris a lancé une opération de mise à l’abri pour les personnes qui occupaient le parvis de la mairie du centre. 253 personnes en famille et femmes seules ont enfin eu accès à leur droit inconditionnel à un hébergement d’urgence. Après cinq semaines de lutte.

Il aura fallu plus d’un mois pour aller arracher, par la lutte, un droit pourtant inscrit dans la loi, celui d’un simple accès à un toit.

 

Ces personnes n’auraient jamais dû avoir à se battre pour un abri. Avoir accès à son droit premier ne peut être une victoire en soi.

Aujourd’hui, seul un rapport de force inédit, construit par des personnes sans-abri, des associations et des grévistes du secteur du social, aura payé.

Ce rapport de force construit aux côtés de la CGT du Samusocial, aura d’abord permis d’arracher à l’État 170 places en Île-de-France, une première depuis deux ans. Mais des places en nombre largement insuffisant, et dont la pérennité reste incertaine.

Il aura encore fallu huit jours d’incertitude devant la mairie de Paris Centre pour que la Ville mette finalement à l’abri 253 personnes en plus.

Près de 60 personnes, elles, restent sur le carreau malgré un mois et demi de lutte acharnée. Elles étaient à l’hôpital ou parties travailler, lorsque l’opération de la Ville a eu lieu. De nouveau en errance, elles se tournent aujourd’hui vers les associations de mobilisation citoyenne.

La Ville de Paris aura ouvert en tout, en un mois et demi, 351 places. Comme à Strasbourg ou ailleurs, ce sont les municipalités qui viennent pallier les carences de l’État. À elle désormais de demander des comptes à l’État qui se défausse de ses obligations.

 

Comme toujours, c’est la mobilisation citoyenne qui aura porté l’essentiel de la lutte et permis de tenir aussi longtemps.

L‘aide médicale, sociale et administrative a en effet été assurée, tout au long de ce mois et demi, presque exclusivement par des bénévoles et des associations venues par engagement militant. Preuve en plus du désengagement et de l’abandon des institutions de l’urgence sociale.

Merci à toutes celles et ceux qui se sont mobilisé·es aux côtés des familles, et ont rendu possible un combat d’une telle force et d’une telle ampleur.

 

Cette victoire, si elle en est une, est d’abord celle des familles, des femmes seules et des mineurs qui ont bravé canicules et intempéries sans jamais abandonner. Elles ont été sacrifiées par les institutions au nom d’intérêts politiques et financiers pendant un mois et demi, mais elles ont tenu, jusqu’au bout. Leur combat est un exemple pour tout le secteur du social et de l’associatif. Elles n’ont pas baissé les bras face au silence et au mépris des institutions, face au refus de la préfecture de les inviter à la table des négociations. Elles n’ont pas cédé face aux menaces incessantes de l’extrême droite.

Dans le contexte de destruction méthodique de l’hébergement d’urgence que cet été 2026 aura révélé, cette victoire ne peut toutefois être pleine et entière. La mobilisation ne s’arrête pas là : des centaines de familles continuent d’être remises à la rue par un État qui poursuit, en toute illégalité, ses politiques austéritaires et racistes en matière d’hébergement d’urgence.

À un an des élections de 2027, ce même État pave la voie à l’extrême-droite en mettant fin au principe de l’inconditionnalité de l’hébergement.

 

Nous restons pleinement mobilisé·es aux côtés des familles, des femmes seules et des mineurs encore à la rue, de celles et ceux qui seront remis à la rue dans les mois à venir, et aux côtés des travailleur·euses du social.

La lutte continue, et dès la rentrée nous aurons besoin de monde pour se mobiliser : élu·es, travailleur·euses du social, citoyen·nes, tout le monde doit être au rendez-vous.