Alors que l’hiver commence doucement à arriver, ces dernières semaines sont marquées par de nombreuses expulsions et remises à la rue dans les différentes villes où nous sommes présents.
À Rennes, un squat où survivent 47 personnes, dont 15 enfants en bas âge et leurs parents, ainsi que 16 mineurs non accompagnés, est menacé d’expulsion depuis vendredi 9 octobre. Ces jeunes et ces familles avaient trouvé refuge en avril dans cet hôtel abandonné, après avoir passé l’hiver à aller d’un lieu à l’autre sous la pression des institutions.
Répit de courte durée, puisque la propriétaire a demandé l’expulsion des habitant·es à la mi-juin. L’audience a finalement eu lieu et le juge a demandé l’expulsion sans délai. Un squat reste un lieu précaire, mais c’est un abri qui permet de dormir dans un lit, cuisiner, accéder à l’électricité, créer une communauté et retrouver un quotidien un peu plus stable.
Aucune solution de relogement n’est proposée pour le moment.
Si le stress était présent depuis plusieurs semaines en attente de l’audience et d’une décision, la peur de voir la police arriver pour procéder à leur expulsion ne va maintenant plus quitter les jeunes et les familles. Les collectivités locales tentent de se mobiliser pour débloquer des solutions avec les associations.
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À Lille, certes il n’y a pas eu d’expulsions, mais ce sont près de 80 jeunes mineurs en recours qui survivent sur le campement des Bois Blancs et aucune solution confirmée pour leur éviter de passer l’hiver dehors.
Après un été marqué par la mobilisation citoyenne (22 appartements prêtés de juin à septembre pour 62 jeunes), le quotidien est rendu d’autant plus difficile par les conditions météorologiques : vent, averses, froid la nuit, etc.
Les jeunes cherchent à s’organiser pour faire valoir leurs droits, accompagnés par les associations, ainsi que le collectif des habitants des Bois Blancs.
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À Toulouse, un incendie a ravagé le squat des mineurs non accompagnés. Une centaine de jeunes, accompagnés par le collectif AutonoMIE, y avaient trouvé refuge depuis plus d’un an, malgré les nombreuses tentatives de la mairie de les expulser. Ils y avaient organisé un quotidien, qui n’existe plus aujourd’hui.
Malgré quelques blessés, les jeunes sont saufs. Les entrées du bâtiment ont, elles, été murées, pour empêcher toute personne d’y rentrer à nouveau. Les matelas, couvertures, vêtements accumulés sont perdus. Aucune solution de logement ne leur a été proposée par les pouvoirs publics malgré le traumatisme vécu et la perte de beaucoup de leurs affaires.
Les jeunes, ne sachant pas où aller, sont restés toute la journée devant le bâtiment, sur le trottoir, espérant une solution : un gymnase ouvert quelques nuits pour leur permettre de se reposer, un accompagnement médical, la présence de personnel de la protection de l’enfance (rappelons que tous se déclarent mineurs et sont en recours pour prouver leur âge), mais rien de tout ça.
Ces jeunes, déjà très isolés, se retrouvent de nouveau dans la rue, en errance. Ils sont contraints de trouver par eux-mêmes un abri pour se reposer. Pour autant, leur quotidien continue : trouver où manger, comment se laver, aller à l’école, etc.
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À Paris, les deux dernières semaines ont été marquées par de grosses expulsions des campements se trouvant sous le métro de la ligne 2 vers les stations Jaurès et Stalingrad. Sans diagnostic social pour identifier les besoins et les situations des personnes y survivant depuis des mois, la mairie s’est alliée à la préfecture de région et à la préfecture de police pour de soi-disant “opérations de mise à l’abri”.
La réalité, c’est un énorme dispositif policier qui débarque à l’aube et réveille les personnes en secouant les tentes et en criant ; un périmètre qui empêche les personnes de se rendre aux rares points d’eau pour se rafraichir le visage au matin ; les associations qui sont sorties de ce même périmètre, y compris les interprètes, empêchées alors de dialoguer avec les habitants, ou de filmer la brutalité et la violence banalisée des policiers présents (et ça c’est une première à Paris même si on en a l’habitude à Calais) ; et des solutions inadaptées qui n’ont pour objectif que d’éloigner les personnes, de les disperser en France, de les invisibiliser.
Malgré tout ce qui est dit, il n’y a pas d’intention bienveillante derrière ces opérations : aucun dialogue avec les habitants, les associations qui connaissent un peu mieux sont exclues du dispositif, les solutions proposées sont en majorité dans des SAS en région (ce sont des solutions temporaires de trois semaines, qui ne sont pas adaptées pour la plupart des personnes ici sans-papiers, qui vont être remises à la rue si elles ne reçoivent pas une OQTF entre-temps).
Et pour conclure ces expulsions, la mairie PS de Paris a même fait installer des kilomètres de grilles anti-SDF pour empêcher toute réinstallation. Pourtant une centaine de personnes au moins s’est retrouvée sans solution et a cherché un endroit où dormir le soir même, et beaucoup d’autres vont revenir dans les prochaines semaines.
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Ces pratiques nous rappellent forcément ce que l’on voit presque quotidiennement à Calais depuis 2018. La politique de “zéro point de fixation” vit toujours ses meilleures heures malgré son inefficacité totale. Des millions d’euros dépensés pour payer des unités de CRS qui réveillent et harcèlent tous les deux-trois jours les habitant·es des différents campements de la ville.
Les personnes doivent se déplacer le temps de laisser des équipes de “nettoyage” voler les affaires restantes (tentes, couvertures, parfois des sacs à dos qui contiennent des effets personnels qui n’ont pas eu le temps d’être récupérés, etc.). Des tractopelles creusent des tranchées, parfois viennent installer des rochers, pour empêcher les personnes de reposer leurs tentes à ces endroits. Mais faute de solution, les personnes reviennent et tentent comme elles peuvent de se réinstaller, comptant sur les associations pour retrouver une tente à partager à plusieurs.
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Si à Dunkerque les expulsions étaient en stand-by depuis quelques semaines, elles ont bien repris aussi cette semaine. Près de 2000 personnes survivent dans ce campement informel, dont beaucoup de familles. Et seules les associations tentent d’apporter de quoi répondre aux besoins : nourriture, vêtements, tentes, couvertures, accès aux soins, etc.
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Voilà la “politique d’accueil” de la France. Des expulsions violentes, inhumaines, sans solution adaptée, qui condamnent les personnes à l’errance et à la survie. Sans compter les nombreuses remises à la rue, notamment suite à la fermeture de places d’hébergement d’urgence. Les budgets continuent d’être diminués d’un côté, alors que les dépenses en répression, elles, ne semblent qu’augmenter. |
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