Depuis deux semaines, une vague de froid s’est abattue sur toute la France, les températures négatives se sont installées avec des ressentis parfois proches des -10°C.

Si certaines préfectures ont débloqué en dernière minute des dispositifs de “plan grand froid”, d’autres ont bien trop tardé à agir. À Paris, il aura fallu attendre près de cinq jours pour qu’il soit finalement activé. À Toulouse, toujours aucun dispositif n’a été ouvert.

Lorsqu’ils existent, les dispositifs restent sous-dimensionnés : 560 places à Paris, 160 à Dunkerque, un peu plus à Calais, et seulement 30 places pour personnes isolées à Lille – dans des villes où des milliers de personnes survivent à la rue.

Pourtant, la plupart des préfectures annonçaient des dispositifs spécifiques pour répondre “à toutes les demandes”.

Ce manque de volontarisme est bien le signe de la volonté de limiter les dépenses : ouvrir le plus tard et le moins longtemps, avec le minimum.

Si ces dispositifs restent indispensables pour protéger des centaines de personnes des risques dus au froid, ils sont bien trop liés à la pression associative, politique et médiatique. Ouverts dans l’urgence et mal pensés, ils ne permettent pas une protection pour toutes et tous ni un bon accompagnement.

Surtout, ils n’auraient pas lieu d’être si l’État respectait à l’année la loi sur l’hébergement d’urgence inconditionnel.

On ne meurt pas du froid, mais bien de la vie à la rue. Et laisser les personnes à la rue est un choix politique.

Le droit à un hébergement digne et pérenne est inscrit dans la loi, et est inconditionnel. Pourtant, en hiver comme le reste de l’année, le 115 (numéro d’urgence pour l’hébergement) est saturé. Les places manquent.

Des solutions existent pour lutter directement et efficacement contre le sans-abrisme.

On comptabilise plus de 2 millions de logements vacants en France (selon le fichier LOVAC), et plus de 9 millions de m² de bureaux vides. Autant d’abris potentiels pour des milliers de personnes. Les préfectures et les mairies peuvent réquisitionner ces espaces en indemnisant les propriétaires. Une loi existe et a été écrite justement en cas de grave crise du logement.

Plutôt que de débloquer des semblants de solution dans l’urgence, il faut une politique pensée sur le long terme et adaptée à la réalité de la situation.
L’application de la loi de réquisition est une première étape qui peut être mise en place dès demain si les préfets le décident.

La suite, c’est de l’investissement pour plus de places d’hébergement d’urgence, la construction de logements sociaux, l’interdiction de la spéculation immobilière, et un meilleur accompagnement selon les profils.