Ce mardi 28 avril, le journal Le Monde, en collaboration avec Lighthouse Reports, Der Spiegel et Komune, a publié une vidéo d’une intervention de la police au large de Mayotte datant du 20 février. Une preuve rare des actions menées par les policiers en dehors de tout cadre légal, et qui mettent en danger quotidiennement des hommes, femmes et enfants. 

L’opération en question avait mené à la collision du kwassa – une petite embarcation de pêche utilisée par les personnes qui tentent de rejoindre Mayotte – et de l’intercepteur des policiers. Les vingt passagers s’étaient tous retrouvés à l’eau. Il y avait trois enfants à bord. 

Quelques jours après les faits, la police nationale de Mayotte se félicitait sur les réseaux sociaux d’une opération réussie avec “20 vies sauvées et les auteurs condamnés” (trois passagers ayant été condamnés à de la prison ferme). Ils accusaient les passagers d’avoir “volontairement percuté l’intercepteur de la Police nationale”.

Pourtant, la vidéo diffusée cette semaine (prise par l’un des policiers à bord) contredit le discours officiel. On peut y voir le bateau de la police s’approcher à vive allure, et l’un des policiers tenter à plusieurs reprises de débrancher le câble du moteur avec un long crochet pour stopper l’embarcation de fortune. 

D’après un témoignage d’un policier, le pilote du kwassa lâche la barre dans un mouvement d’évitement du crochet et c’est ce qui provoque la déportation de l’embarcation qui passe en dessous de l’intercepteur de la police.

Tout le monde a pu être secouru ce jour-là mais une petite fille de 4 ans a dû être hospitalisée.

 

Cette technique d’immobilisation est régulièrement utilisée par la police aux frontières à Mayotte, pourtant elle n’est encadrée par aucune doctrine officielle. 

Entre 2007 et 2025, au moins 24 personnes sont décédées suite à une interception (sans compter toutes les personnes qui ont perdu la vie lors de cette traversée pour d’autres raisons). Malgré la multiplication des incidents, parfois mortels, et des collisions qui amènent à l’ouverture d’enquête, les forces de l’ordre ne sont jamais mises en cause.

 

Le 28 mars dernier, une femme est morte suite à l’une de ces manœuvres d’interpellation. Une enquête est en cours. Les policiers affirment à nouveau que c’est le pilote du kwassa qui aurait mis les personnes en danger. Ils ont été félicités et décorés pour “actes de courage et de dévouement” pour avoir secouru les personnes à l’eau. Ils ne sont évidemment pas inquiétés.

Les circonstances décrites sont les mêmes que le 20 février. Les témoignages des rescapés rapportent que ce sont les manœuvres des policiers qui ont fait chavirer leur embarcation. Vingt-quatre personnes étaient à bord, dont trois enfants. L’un n’avait que neuf mois. Une plainte a été déposée avec plusieurs survivants en partie civile.

 

La dangerosité de ces manœuvres d’interpellation est connue, les victimes sont nombreuses même s’il est rare qu’elles puissent porter plainte. Lorsqu’elles le font, les processus sont longs et compliqués.

Depuis fin 2025, les interventions d’interpellations en mer sont également autorisées dans la Manche, à la frontière franco-britannique. Ces pratiques jusqu’ici “jugées trop dangereuses” font partie des nouvelles stratégies pour empêcher les traversées vers le Royaume-Uni.

 

Les forces de l’ordre en charge de ces interceptions causant des blessures, mutilations, et jusqu’à des décès, doivent être poursuivies afin de faire cesser ces pratiques. 

Les dirigeants qui décident de ces doctrines ne peuvent se dédouaner de la violation des droits humains par leurs décisions sous prétexte de la lutte contre l’immigration irrégulière. Les engagements internationaux les obligent et leurs piétinements ne peuvent rester impunis.

 

Ces pratiques d’interpellations sont des mises en danger qui s’inspirent des pratiques menées aux frontières européennes. Elle s’ancre dans une stratégie de judiciarisation et de criminalisation des migrations qui devraient pourtant relever d’une approche humanitaire et de secours.