Utopia 56 publie un rapport sur la situation des mineur·es isolé·es
à Paris et en Île-de-France, appuyé sur six années de collectes de données issues du terrain, de témoignages de professionnel·les aidant ces jeunes, ainsi qu’un témoignage d’un ancien évaluateur de la minorité. Le constat est alarmant, des pratiques illégales sont observées dans certains départements franciliens et les droits de l’enfant sont régulièrement bafoués par les institutions censées protéger ces mineur·es en danger.

Les données recueillies dans ce rapport font état de plus de 13 000 mineur·es remis·es à la rue par la Ville de Paris entre 2022 et 2025, dont plus de 300 jeunes filles, suite à un refus de reconnaissance de leur minorité. Ces mineur·es ont alors la possibilité de saisir un juge des enfants, mais pendant la période d’attente avant d’obtenir une audience et une décision sur leur minorité, iels ne sont pas protégé·es, restent sans hébergement ni suivi adapté à leur âge. De même pendant la période d’évaluation, le droit n’est pas toujours respecté : en 2024, il a fallu que 480 mineur·es engagent des référés devant la justice sur une période de deux mois pour contraindre le département du 93 à respecter la loi.

Dans la rue, ces jeunes sont quotidiennement confronté·es à des expulsions de leurs lieux de vie par la police, à des agressions extérieures et à des risques d’exploitation et de traite des êtres humains. Le rapport montre que ces difficultés ont été accentuées lors des périodes COVID et des Jeux olympiques et paralympiques de Paris et que les jeunes filles, de plus en plus nombreuses, sont particulièrement exposées à ces dangers.

“Tous les jours, à force de l’accompagnement des associations, nous avons connaissance de nouveaux cas de détresse psychologique et de cas de violences sexuelles. Il y a même des jeunes filles qui font des fausses couches directement liées ou aggravées par la vie à la rue.” Luc Viger, coordinateur de l’antenne Utopia 56 Paris et rédacteur du rapport.

Alors que les institutions faillissent, ce sont les associations qui assurent l’essentiel de l’accompagnement. Entre 2023 et 2025, ce sont par exemple plus de 7 000 nuitées d’hébergement qui ont été assurées par Utopia 56 pour des mineur·es, dans nos lieux d’hébergement d’urgence alternatif (LHUA). En 2025, sur les 1481 jeunes mineur.es accompagné.es par Utopia 56, plus de 40% ont déjà été reconnu.es comme mineur.es par l’autorité judiciaire,

Face à cette situation, Utopia 56 demande des mesures concrètes :

  • Un accueil digne, inconditionnel et humain des mineur·es isolé·es dès leur arrivée
  • La fin des logiques de suspicion et de tri lors des évaluations de minorité
  • L’hébergement de tous·tes les mineur·es jusqu’à une décision définitive de l’autorité judiciaire
  • Le renforcement de la protection des jeunes filles et des mineur·es victimes de traite
  • Un accès effectif aux soins et à un suivi médico-social adapté

Pour rappel, le 19 janvier 2026, La France a été condamnée pour la troisième fois en quelques années, par le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies concernant ses pratiques en matière de prise en charge et de détermination de l’âge des mineur·es non accompagné·es.

 

Rapport complet à consulter ci-dessous ou à télécharger en PDF en cliquant ici.