Alors que les accords financiers entre la France et le Royaume-Uni ont été renouvelés au printemps dernier, c’est l’heure du bilan.

Vendredi 21 août, le ministère de l’Intérieur britannique a fièrement publié un communiqué de presse détaillant l’action des forces de l’ordre françaises visant à empêcher les départs de personnes exilées vers le Royaume-Uni.

Si le Home Office se targue d’avoir stoppé 185 départs d’embarcations de fortune et 4 300 personnes sur une période « test » allant du 27 avril au 2 août, une explication des conséquences de ces actions sur le littoral français s’impose.

Nous avons en effet recensé une augmentation de près de 40 % du nombre de personnes témoignant de violences policières par rapport à l’année dernière sur la même période : plus de 2 720 en 2026, contre 1 954 en 2025.

Entre mai et août 2026 (la période analysée par le Home Office), près de 35 % des personnes qui nous ont sollicitées sur le littoral lors d’une tentative de passage ont raconté avoir subi des violences policières. Sur la même période en 2025, cette proportion était de 25 %.

On parle ici de familles, de personnes vulnérables, d’enfants en bas âge, de femmes seules, qui subissent des violences physiques disproportionnées, une mise en danger effective, des violences psychologiques, des refus de prise en charge, etc.

Les personnes ne disparaissent pas après avoir été interceptées, contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant ce long communiqué du gouvernement britannique.

 

Les gouvernements frontaliers se félicitent de leurs actions, estimant que la baisse des personnes arrivant au Royaume-Uni par rapport à l’année dernière est la preuve de la réussite de leur politique répressive. Pour défendre les différentes actions policières visibles sur les plages, ils affirment “sauver des vies”.

Pourtant, tout ce que nous voyons au quotidien, ce sont des équipes complètes en tenue antiémeute, des conduites dangereuses, des armes parfois létales utilisées sans considération pour les vulnérabilités des personnes présentes, et des grenades lacrymogènes utilisées à tout va (y compris dans des zones dunaires en pleine canicule).

Le 27 juillet, c’est une mère de famille qui en a été victime lorsqu’un buggy de la gendarmerie lui a roulé sur la jambe, alors qu’il poursuivait un groupe courant sur la plage.

Cette politique ne fait que renforcer les risques de la traversée : les départs se font de plus en plus loin et donc rallongent le trajet, les embarquements sont de plus en plus chaotiques, le nombre de passagers augmente à bord des embarcations (230 personnes sur un seul bateau ont traversé le 10 août, contre une moyenne de 62 personnes par bateau en 2025).

De plus, ces violences lors des embarquements ont également mené, à plusieurs reprises, à des séparations familiales. Comme le 2 juin à Malo-les-Bains (Dunkerque), où une mère enceinte a été séparée de son fils âgé de 2 ans, arrivé seul au Royaume-Uni. Depuis le début de l’année, Utopia 56 a rencontré au moins 10 familles séparées sur les plages. Des enfants, parfois des bébés, qui partent dans le bateau alors que leurs parents sont détenus sur la plage par les forces de l’ordre.

Les gouvernements, en orchestrant l’entrave aux traversées, deviennent les coupables du chaos.

 

Cette publication du Home Office s’ancre dans trois actualités :

  • une partie des nouveaux accords financiers était soumise à une évaluation de leur effectivité : le ministère de l’Intérieur français doit prouver l’efficacité des actions de terrain pour continuer à percevoir l’argent britannique ;
  • l’accord dit du « un pour un » (“One in One out”) arrive également à échéance et doit être reconsidéré en octobre prochain ;
  • la pression monte sur le gouvernement britannique de la part de l’électorat d’extrême droite, alimentée par les contenus des «vigilantes» et des élus anglais venus sur le littoral documenter et critiquer la politique en place.

 

En somme, c’est une politique du chiffre qui s’exprime via une stratégie de communication bien ficelée. Cette politique est mise en place dans un seul but : celui de stopper les bateaux, sans aucune considération pour toute la souffrance qu’elle cause.

Des chiffres qui prouveraient que la répression fonctionne, mais qui ne prennent pas en compte ses conséquences : des femmes, des hommes et des enfants abandonnés sur les plages, mais surtout, pour beaucoup, victimes des débordements du dispositif sécuritaire et donc de violences policières.

 

Au moins 23 personnes sont décédées à la frontière cette année, dont 10 depuis le renouvellement des accords franco-britanniques.

Toutes, victimes des politiques mortifères dont les gouvernements sont si fiers.

Toutes ignorées et invisibilisées par ceux-là mêmes responsables de leur mort.

La situation continuera d’empirer, d’être plus violente, de créer plus de détresse, de causer plus de morts, de briser plus de familles, tant qu’il n’y aura pas une refonte du système de demande d’asile en Europe, et la mise en place de voies de passage sûres pour toutes et tous.

Chacun·e devrait être en droit de circuler librement et de demander l’asile dans le pays de son choix, sans devoir risquer sa vie.