Jeudi 26 mars, Utopia 56 doit être auditionnée à l’Assemblée nationale. Cette audition intervient dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur les conséquences des accords du Touquet, accords plaçant la frontière du Royaume-Uni sur le sol français afin que la France soit le garde-frontière contre l’immigration vers la Grande-Bretagne.
Cette commission a pour but d’évaluer les conséquences humaines, matérielles et financières de l’action publique découlant de ces accords sur les droits fondamentaux des personnes exilées en transit sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais.
Les accords du Touquet ont été signés en 2003 entre la France et le Royaume-Uni. Ils sont les premiers d’une série dont le dernier est entré en vigueur en juillet dernier – le fameux accord “One in One out” – et qui fait des vies humaines des marchandises à s’échanger. Tous sont venus renégocier les sommes d’argent versées par le Royaume-Uni à la France pour empêcher l’immigration, sans jamais remettre en question la stratégie dessinée il y a maintenant plus de vingt ans.
Celle-ci n’a pourtant mené qu’à des décès de personnes tentant malgré tout de traverser la Manche par le tunnel ou par la mer et à maintenir des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dans des conditions de subsistance effroyables. Nous avons tous en tête les images des campements récents et du bidonville de Calais, “la Jungle”, qui pourtant n’ont jamais dissuadé celles et ceux, venus d’Afghanistan, d’Irak, d’Iran, d’Érythrée, du Soudan, d’Albanie, de Syrie, de rejoindre le sol britannique.
Une commission d’enquête parlementaire est un travail de fond mené par les député·es pour faire la lumière sur les éventuels angles morts d’une politique publique. Cela se réalise au travers d’auditions sous serment, de consultations de documents officiels, de rapports, mais également de visites de terrain.
Cette enquête-ci, ayant débuté il y a plusieurs semaines, a déjà permis d’auditionner Bernard Cazeneuve, ancien ministre de l’Intérieur et premier ministre à l’époque du bidonville de Calais et de sa destruction. Il avait été l’architecte de la politique de démantèlement systématique des campements informels qui est toujours à l’œuvre aujourd’hui. De même, Natacha Bouchart, maire de Calais depuis 2008 et enjointe par le Conseil d’État en 2017 de mettre un terme aux traitements inhumains et dégradants en améliorant les conditions de vie des personnes exilées en transit sur sa commune, a, elle aussi, été auditionnée. Enfin, des experts du droit d’asile et du droit des étrangers, des chercheurs et des associations de terrain ont été entendus les semaines passées.
À l’issue des travaux de la commission, un rapport, contenant des recommandations, sera rendu public. Il devra donc décrire, de manière objective et factuelle, la manière dont sont ventilés et utilisés les financements français et britanniques, tant sur le volet sécuritaire qu’humanitaire, ainsi que leurs effets.
Si cette enquête parlementaire n’a pas d’enjeu de condamnation, elle ne pourra pas passer à côté des pratiques violentes et discriminatoires menées à cette frontière. Elle apportera des réponses et dévoilera les responsabilités de chacun·e dans les conséquences des décisions politiques.
Face à la réalité de ce qu’Utopia 56 observe et documente depuis 10 ans, comment l’État va-t-il justifier l’utilisation de tant de violence et son acharnement dans la sécurisation et la répression au mépris de milliers de vies humaines ?
Utopia 56 et toutes les associations engagées à cette frontière attendent de cette commission qu’elle apporte des réponses sur l’intérêt qu’a la France à avoir signé de tels accords aux mépris des droits et libertés de milliers de personnes qui y transitent. Pour elles, une seule solution ne peut être valable : la liberté de circulation et l’accueil.
Sur les trois dernières années, au moins 162 personnes ont perdu la vie à la frontière franco-britannique. Toutes victimes de ces choix politiques. Nous penserons à elles et à leurs proches pendant notre audition.
