Mardi 8 septembre s’ouvrait le premier procès concernant le naufrage du 24 novembre 2021, qui reste le plus meurtrier à ce jour dans la Manche. 

Neuf membres des familles de victimes kurdes ont réussi à être présents pour ces premiers jours de procès (malgré les difficultés administratives que cela a pu représenter).

Être présents au tribunal, à des centaines de kilomètres de chez soi, montre combien cette étape est importante pour toutes ces familles qui se battent sans relâche depuis le drame, afin de faire la lumière sur ce qui est arrivé.

 

Quatorze hommes vont être jugés à Paris pendant trois semaines, pour homicides et blessures involontaires, mise en danger de la vie d’autrui et association de malfaiteurs.

C’était il y a un peu moins de cinq ans, 22 hommes, sept femmes et deux enfants perdaient la vie dans la Manche. Iels laissent derrière eux des parents, des épouses, des frères, des enfants, qui, depuis, attendent la vérité.

Seuls deux passagers ont survécu. 

 

Durant la nuit, ils ont appelé les secours à plus de 15 reprises, envoyé leur localisation plusieurs fois et répété inlassablement : “on est dans l’eau”, “aidez-nous”.

Les enregistrements des appels, en partie rendus publics dans les médias, montrent le mépris reçu cette nuit, la mauvaise coordination entre les secours français et anglais qui se renvoient la responsabilité, mais aussi le manque de moyens face à un phénomène qui s’intensifiait depuis plus d’un an et sur lequel nous ne cessions d’alerter.

Sept militaires ont été mis en examen (des membres du CROSS et des marins à bord du Flamant, un bateau de secours à proximité de l’embarcation).

En effet, dès 2023, des éléments d’enquête révélés dans la presse ont montré l’intention de certains militaires de ne pas intervenir cette nuit-là, malgré les appels au secours répétés et le MAYDAY lancé par les secours britanniques.

L’armée a tenté à plusieurs reprises d’interférer dans l’enquête en cours en remettant la faute sur une seule employée, en divulguant des informations de l’instruction pour préparer des audiences, ou en demandant ensuite à être jugé séparément, par un tribunal militaire. Une demande finalement rejetée par la Cour de cassation mais qui a encore rallongé les délais jusqu’au procès.

Leur procès se tiendra plus tard, l’instruction étant toujours en cours.

C’est la seule fois où une enquête est remontée aussi haut suite à un naufrage, ne s’arrêtant pas aux “réseaux de passage” et cherchant plus loin à comprendre ce qui a amené à ce drame et à questionner la responsabilité de l’État.

 

Cette affaire doit apporter un peu de la vérité aux familles des victimes et doit contribuer à faire la démonstration de ce qui est répété depuis des années par les associations : la fermeture de la frontière est la seule raison d’être des réseaux de passage et de ces traversées dangereuses.

La politique sécuritaire, ainsi que le manque de moyens de sauvetage et de prise en charge humanitaire identifiés dès 2018, sont responsables des décès en mer. Rien, depuis ce naufrage, n’a réellement été fait pour que ces traversées cessent et que l’emprise des réseaux de passage diminue. La dernière commission d’enquête parlementaire achevée en juin 2026 l’a montré à nouveau.

Mercredi matin, deux pères témoignaient. L’un racontait la situation dans son village, au Kurdistan irakien, les bombardements, la décision de son fils de partir, et son incapacité à lui faire changer d’avis. Son corps fait partie des quatre qui n’ont toujours pas été retrouvés.

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Nos pensées vont aux familles des victimes, à leur droit à la vérité, et à leur détermination à obtenir que justice soit faite pour leurs proches. 

Aux victimes, Pishtiwan, Meron, Shikh, Muslim, Rezhwan, Maryam, Bilind, Sirwan, Twana, Mohammed, Mayar, Shakar, Bryar, Hadiya, Mohamed, Mhabad, Kazhal, Mubin, Niyat, Hasti, Tahna, Fikiru, Shakar, Mohamed, Hassan, Gomaa, Harem, Zanyar, Shawali, Deniz, Ahmad, et une personne anonyme. 

Et aux rescapés, Issa et Mohamed, qui méritent que toute la lumière soit faite sur cette nuit où les secours les ont abandonnés. 

Sans politiques d’accueil, sans voies de passage sûres, les drames dans la Manche ne cesseront pas.